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À Paris, un bougnat était d’abord le marchand de charbon auvergnat, puis le patron de café, puis le café lui-même. Les dictionnaires datent le mot, l’inventaire du patrimoine raconte le monde qui l’a fait naître.
Par Héloïse Vernières, rédactrice en chef · mis à jour le

Le mot n’est pas auvergnat. La notice du Trésor de la langue française au CNRTL le classe comme mot « pseudo-auvergnat ». Il vient de charbougna, « charbonnier », une création populaire parisienne qui imitait les parlers du Midi, parce que les Auvergnats vendaient souvent du charbon de bois à Paris. En tombant, la première syllabe a laissé « bougna », et la finale s’est alignée sur celle d’« auvergnat ».
Les dates sont précises. « Bougnat » est relevé en 1889 dans Mes lundis en prison, de G. Macé, avec le sens de charbonnier. « Charbougna » est attesté en 1890 dans le journal Le Père Peinard, mais le CNRTL le juge probablement plus ancien. Le dictionnaire Larousse donne une explication un peu différente : charbougna y serait la prononciation auvergnate de « charbonnier ». Les deux dictionnaires s’accordent sur le point de départ, le charbonnier, et divergent sur qui a fabriqué le mot.
Le Trésor de la langue française distingue deux emplois, plus un troisième par glissement. Le premier est le marchand de charbon au détail, souvent d’origine auvergnate : un roman de 1947 écrit encore « noir comme un bougnat ». Le second est le tenancier d’un débit de boissons, d’un café. Le troisième, par métonymie, désigne le café lui-même : dans Touchez pas au grisbi, en 1953, on boit un café « dans un bougnat ».
Le passage du charbon au café se lit dès 1927. Un auteur note alors qu’on dit « bougnat » et « bougnate » pour des logeurs, des marchands de charbon, des cafetiers ou d’autres commerçants qui semblent natifs de l’Auvergne. Le dictionnaire de l’Académie française, dans sa neuvième édition, réunit les deux métiers : le bougnat est un marchand de charbon et de bois de chauffage dont le commerce est en même temps débit de boissons. Par extension, le mot désigne familièrement un Auvergnat.
Pour comprendre ce double métier, il faut regarder les cafés parisiens du XIXe siècle. La fiche d’inventaire du ministère de la Culture sur la cabrette explique que des musiciens auvergnats animaient dès cette époque des cafés de Paris, où ils étaient venus implanter des brasseries et des « cafés bois charbons ». Ces commerces se concentraient dans les XIe, XIIe, XIXe et XXe arrondissements.
La même fiche situe les premiers flots importants d’émigrés auvergnats vers la capitale au milieu du XIXe siècle. Au début du XXe siècle, les Auvergnats étaient plusieurs centaines de milliers à se regrouper dans divers quartiers de Paris. Le même commerce vendait le combustible et servait à boire, comme le résume la définition de l’Académie.
Ces cafés ont aussi laissé une trace dans la musique. L’expression « bal musette » apparaît vers 1850 pour désigner l’endroit où jouaient les joueurs de musette, c’est-à-dire de cabrette, la cornemuse auvergnate. La fiche du ministère compte alors plus de 200 bals musette à Paris. Le style musette est né de la rencontre de ces Auvergnats avec des immigrés italiens installés dans les mêmes quartiers ; les Italiens commencent à jouer avec les cabrettaïres dès 1880, et l’accordéon finit par supplanter la cabrette. Un musicien du Cantal venu tenir un café rue de Lappe est souvent cité comme l’un des acteurs de cette rencontre.
Les Auvergnats de Paris se sont aussi regroupés en associations. La notice de la Bibliothèque nationale de France date de 1886 la création de la Ligue auvergnate et du Massif central de Paris. Aujourd’hui encore, selon la fiche du ministère de la Culture, des orchestres avec cabrette font danser les banquets des amicales parisiennes et d’Île-de-France, de septembre à mai.
Côté produits, l’Auvergne a ses appellations et ses plats : voyez notre page sur les spécialités de l’Auvergne, et celle sur les burons d’estive, où se fabriquait le fromage pendant l’été.
Le Larousse classe « bougnat » comme familier et vieilli ; le CNRTL le donne comme populaire. Le mot s’écrit sans majuscule, prend un « s » au pluriel et connaît un féminin, « bougnate ». Pour ce qui se buvait au comptoir le matin, notre page sur le café et la chicorée fait le point sur ces deux boissons.
Les bougnats étaient, à Paris, des marchands de charbon et de bois de chauffage, souvent originaires d’Auvergne, dont le commerce servait aussi de débit de boissons. Par extension, le mot a désigné les Auvergnats de Paris.
De charbougna, « charbonnier », dont la première syllabe est tombée. Le CNRTL y voit une création des Parisiens qui imitaient les parlers du Midi ; le Larousse parle d’une prononciation auvergnate.
Les dictionnaires le classent comme populaire (CNRTL) ou familier et vieilli (Larousse), sans le marquer comme injurieux. Le dictionnaire de l’Académie le donne aussi, par extension, comme un équivalent familier d’« Auvergnat ».
C’est le nom que la fiche d’inventaire du ministère de la Culture donne aux commerces ouverts par les Auvergnats à Paris : on y vendait du bois et du charbon de chauffage, et on y servait à boire.
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