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BoissonsFiche produit

L’origine du cidre, du mot sicera aux pommes à cidre

Le cidre a d’abord été un mot avant d’être une boisson de pommes. Nous suivons sa trace dans les dictionnaires, puis dans les cahiers des charges de Normandie, de Bretagne et du Pays basque.

Portrait de Tristan Vigouroux, cheveux bruns courts, barbe de quelques jours, chemise en flanelle vert sombre, devant un fond de bois clair et flouPar Tristan Vigouroux · relu par Héloïse Vernières · mis à jour le

Un verre de cidre doré et pétillant posé sur une table en bois, à côté de quelques pommes à cidre

Un mot venu de la Bible

Le mot a précédé la pomme. D’après la notice étymologique du CNRTL, « cidre » vient du latin chrétien sīcera, « boisson fermentée », lui-même pris au grec sikera et à l’hébreu biblique šekar, « liqueur forte ». Vers le milieu du XIIe siècle, la forme sizre désigne une boisson fermentée dans les traductions de la Bible.

Le sens que nous connaissons est attesté vers 1130-1140 chez le poète normand Wace : « cidre » y désigne le jus de pommes fermenté. Le CNRTL précise que ce glissement s’est fait en Normandie, puis s’est étendu à toute la France, et que le mot a sans doute circulé d’abord dans les monastères. Encore au XVIe siècle, un texte appelle « citre » un breuvage de pommes ou de poires : la frontière entre les fruits restait souple.

Cinq dénominations de cidre lues sur les fiches de l’INAO

DénominationSigneCe qui la distingue
Cidre de NormandieIGPPommes à cidre, parfois poires à poiré pour acidifier le jus
Cidre de BretagneIGPLe caramel y est le seul colorant autorisé
Pays d’AugeAOPPur jus frais, prise de mousse en bouteille
CornouailleAOPNon pasteurisé, 70 % de variétés amères et douces-amères
Cidre du Pays basqueAOCReconnu en 2025, protection européenne en cours

Normandie et Bretagne, deux histoires parallèles

Pour la Normandie, la fiche INAO de l’AOC Calvados situe l’introduction des pommiers à cidre entre le Xe et le XIIe siècle. Ces variétés riches en tanins ont remplacé les pommiers sauvages pour faire la boisson.

Le cahier des charges de l’IGP Cidre de Bretagne donne un récit plus détaillé. Le mot « ciséra » y apparaît dès le VIe siècle, dans les récits de saint Guénolé. Des pommiers sont cités dès le Xe siècle près de Quimperlé. Surtout, c’est au XVIe siècle, avec le trafic maritime, qu’arrivent les variétés encore cultivées aujourd’hui, importées du nord-ouest de l’Espagne. Avant 1789, le parlement de Bretagne taxait lourdement la circulation du cidre, ce qui a freiné sa diffusion hors de la province.

Et la piste basque ?

Plusieurs sites affirment que des marins basques auraient apporté le cidre en Normandie et en Bretagne. Les textes officiels sont plus prudents. Ils parlent de variétés de pommes venues d’Espagne, et l’interprofession normande rattache même le nom de la pomme bisquet à la Biscaye. Ils ne disent pas que la boisson elle-même est née là-bas. Côté Pays basque français, la fiche INAO du cidre du Pays basque indique un arrêté du 5 février 2025 qui reconnaît l’appellation d’origine contrôlée, et une demande de protection européenne publiée le 8 avril 2026.

La pomme à cidre, un fruit défini par ses tanins

Toutes les pommes ne font pas du cidre au sens des appellations. Le cahier breton définit les pommes à cidre comme celles dont le jus contient au moins 0,6 g d’acides tanniques par litre. Il les classe en douces, douces-amères, amères, acidulées et aigres, selon leurs tanins et leur acidité. En Bretagne, 50 % des variétés plantées sont douces-amères ou amères, et 24 % acidulées ou aigres.

En Normandie, la fiche INAO du Cidre de Normandie précise que des poires à poiré peuvent entrer dans le cidre : elles servent traditionnellement à acidifier les jus. Le même texte note que la plupart de ces fruits sont immangeables crus, tant ils sont amers ou acides.

Ce que la fabrication a gardé de la ferme

Le principe n’a pas changé : les fruits sont râpés puis pressés, le jus fermente en cuve, puis le cidre est mis en bouteille. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, selon le cahier breton, le cidre était fabriqué à la ferme. Pour le Pays d’Auge, l’INAO décrit un pur jus de pommes surtout douces-amères, une prise de mousse en bouteille et une étape de cuvage où l’oxydation de la pulpe donne la robe jaune à orangé.

Les règles chiffrées varient d’une appellation à l’autre. Pour le Cidre de Bretagne, le titre alcoométrique total atteint au moins 5,5 % pour le cidre bouché et 5 % pour les autres, et la mention « cidre doux » est réservée aux cidres dont le titre acquis ne dépasse pas 3 %. Si l’eau-de-vie vous intéresse, la page sur l’alcool de calvados prend le relais : le calvados naît de la distillation de ces cidres.

Un âge d’or, puis un recul

Le cahier breton cite des chiffres de l’entre-deux-guerres. Dans les années 1920, la production nationale atteignait 18 millions d’hectolitres de cidre, plus que la bière, à 14 millions d’hectolitres. La Bretagne en produisait alors 6,4 millions. L’Ille-et-Vilaine était le premier département producteur, avec une année record en 1904. La consommation a ensuite reculé, surtout avec l’exode rural, car le cidre restait une boisson de campagne.

Aujourd’hui, l’origine se lit sur l’étiquette. Les indications géographiques protègent le lien au lieu, et les appellations d’origine ajoutent des règles de fabrication plus strictes. Notre page sur ce que signifie AOP détaille la différence entre ces signes.

Pour le reconnaître

  • De fines bulles et une mousse légère, selon le cahier de l’IGP bretonne
  • Une robe du jaune clair à l’orangé foncé pour le Cidre de Normandie
  • Une robe jaune à orangé pour le Pays d’Auge, due au cuvage de la pulpe
  • Le nom de l’appellation et le titre alcoométrique sur l’étiquette

Questions de comptoir

Quelle est la différence entre le cidre normand et le cidre breton ?

L’IGP normande admet des poires à poiré et décrit une couleur du jaune clair à l’orangé foncé. Le cahier breton privilégie les variétés acides, amères et douces-amères, pour des cidres à dominante acide et de couleur pâle.

Quelle région produit le plus de cidre ?

L’INAO présente le verger cidricole normand comme le plus grand de France. Dans les années 1920, le cahier breton désignait l’Ille-et-Vilaine comme premier département producteur, mais ce chiffre est historique.

Le cidre vient-il vraiment du Pays basque ?

Les textes officiels parlent de variétés de pommes à tanins venues du nord de l’Espagne, dont la Biscaye. Ils ne disent pas que la boisson y est née : le mot latin et les premiers vergers cités sont plus anciens.

Que veut dire « cidre doux » sur une bouteille ?

Dans le cahier de l’IGP Cidre de Bretagne, la mention « cidre doux » est réservée aux cidres dont le titre alcoométrique acquis ne dépasse pas 3 %. Il reste donc des sucres non fermentés dans la bouteille.

Lectures de la rédaction

  1. CNRTL, étymologie et histoire du mot « cidre »
  2. INAO, cahier des charges de l’IGP Cidre de Bretagne ou Cidre breton
  3. INAO, Cidre de Normandie ou Cidre normand (IGP)
  4. INAO, Pays d’Auge ou Pays d’Auge-Cambremer (AOP)
  5. INAO, Cornouaille (AOP)
  6. INAO, Cidre du Pays basque (AOC)
  7. INAO, Calvados (AOC)
  8. Interprofession des appellations cidricoles, histoire du calvados

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